L’autoroute ne fait pas que des heureux !

La mise en service du projet de l’autoroute Est-Ouest aura des répercutions négatives sur toutes les villes de l’est de la wilaya de Bouira traversées par la RN5. Des villes qui, notons-le, tirent un grand bénéfice de ladite route nationale qui est à l’origine d’un commerce florissant ainsi que la réussite de plusieurs autres métiers tels la vulcanisation, les réparations mécaniques ainsi que les stations-services et les relais routiers qui jalonnent la RN5 le long de son itinéraire de plusieurs dizaines de kilomètres.

Le développement de toutes ces activités qui fonctionnent à plein régime, il y a de cela quelques temps, s’est opéré grâce à la proximité de cette route nationale qui ramène une importante clientèle. Cependant, un malheur n’arrive jamais seul. D’ores et déjà, quelques-unes de ces activités accusent une régression effrénée qui se terminera par un arrêt complet, à l’image de la poterie qui a connu un développement vertigineux au point de revêtir le statut d’industrie florissante. A l’heure actuelle, certains lieux où se sont implantés les revendeurs de la poterie artisanale ont été carrément désertés après la mise en service des premiers tronçons de l’autoroute à l’instar du tronçon de la RN5 compris entre l’Oued Djemaâ et la colline Erich au nord-ouest de la ville de Bouira.

Le gigantesque commerce de robes traditionnelles qui s’est développé en un temps record, au niveau de la ville d’Aomar, 22 km au nord de Bouira, une activité qui a tiré cette région du sous-développement, connaîtra sans aucun doute le même sort que la poterie. Les restaurants, cafétérias, magasins d’alimentation générale, fruits et légumes ne seront pas eux-aussi épargnés par la mise en service de l’autoroute qui éloignera une clientèle potentielle et signera leur arrêt de mort. Un état de fait qui ne semble pas être pris en considération par les concepteurs du projet (autoroute).

D’ailleurs, c’est une contrainte majeure à laquelle il serait difficile de trouver une solution. Toutes les villes qui se sont faites connaître et ont même acquis une réputation à l’échelle nationale, grâce à des activités spécifiques telle la ville d’El Yachir dans la wilaya de Bordj Bou Arréridj, qui grâce à la commercialisation d’une viande de qualité à des prix défiant toute concurrence, subiront les contrecoups du passage de l’autoroute. Le village d’Ighrem dans la daïra de M’Chedallah, à une quarantaine de kilomètres à l’est de Bouira, qui n’était qu’une bourgade tirée de l’anonymat et alignée sur les villes connues et réputées grâce au commerce de l’huile d’olive produite en abondance localement, est un autre exemple des différentes localités désormais « victimes » du passage de cette autoroute.

Que fera donc l’Etat pour compenser cette lacune et éviter un chômage forcé à ces milliers de commerçants et d’artisans qui vivent grâce à la « future défunte » RN5 ? Il faudrait des dizaines d’années aux populations vivant à proximité de cette route pour s’adapter à ce nouvel aménagement du territoire qui produira sans nul doute un grand bouleversement des habitudes. L’activité de ruches de ces villes et villages disparaîtra dès la mise en service définitive de l’autoroute, l’animation habituelle cédera la place au calme et à la morosité.

Les citoyens qui tireront profit du passage de l’autoroute sont ceux possédant des terrains à proximité, ils sont nombreux à commencer les travaux de terrassement pour y ériger des constructions à caractère commercial. Ceux qui n’ont pas les moyens proposent leurs terrains à la location aux commerçants qui se retrouvent délocalisés par l’éloignement du tracé de cette route moderne.

Par Nadia Hamani (El Watan)