Tout “sauf ça”

Perdue parmi les brèves de la page 28 d’El Watan, l’information était aussi discrète et pudique que son sujet. De “hauts cadres de l’Etat” croyaient donc forniquer tranquillement avec leurs maîtresses dans un hôtel confortable et retiré sur les hauteurs de Annaba. C’était compter sans la vigilance des gendarmes qui les auraient “surpris en flagrant délit d’adultère”, selon les termes employés de notre confrère qui, au passage, a cru de bon ton de s’inquiéter sur les retombées du scandale sur l’harmonie familiale et la paix des ménages de nos hauts responsables chauds lapins. Tout le monde, et les “mis en cause” en premier, pensait pourtant que ce genre de déboires ne pouvait pas arriver à des gens de ce niveau d’influence et d’aisance matérielle. Ils avaient leurs “baisodromes”, souvent pris sur les logements sociaux, leurs palaces d’Etat où le personnel veille à leur confort et leurs secrets, leurs “clubs” privés et leurs passeports diplomatiques rarement utilisés sans “frais de mission.” Seuls peuvent s’inquiéter –le mot est vraiment faible– pour un moment de bonheur intime ceux qui n’ont pas les moyens de payer le prix fort pour des rapports interdits pourtant au nom de la morale religieuse. La dernière cité universitaire mixte a été supprimée depuis vingt ans, les petits hôtels accessibles ne badinent jamais avec le livret de famille et les jardins publics ne sont pas loin de la police anticalins.

On ne connaîtra sans doute jamais l’identité des “hauts cadres de l’Etat” “arrêtés pour adultère” –toujours selon les termes d’El Watan– mais il doit y en avoir sûrement parmi eux qui ont un jour ou l’autre fait preuve de surenchère morale et de zèle à l’égard de quelque subalterne pour un baiser furtif au bureau. On a carrément crié avec les loups pour réclamer un châtiment exemplaire contre un couple de lycéens coupables de tendresse aggravée. On ne saura pas non plus leur niveau dans la hiérarchie de “l’Etat”, mais il faudra bien leur constituer un comité de soutien. Pour une fois qu’on reproche à de hauts responsables des actes et des comportements naturels qui relèvent de leur vie privée, il serait injuste de les laisser livrés à eux-mêmes.

Mais, apparemment, on leur pardonne tout, “sauf ça.” Ils peuvent abuser de leur pouvoir, détourner, être incompétent, falsifier les documents et les élections… harceler, mais pas avoir de relations consentantes ! Nous sommes, une fois n’est pas coutume, avec eux !

Slimane Laouari (DDK)