Labas a yahviv labas

Labas, tout va très bien pourquoi se plaindre, l’état algérien pense à tout, même à égayer les fêtes dans les demeures des pauvres à l’image du préfet d’Annaba qui a réuni tout le gratin pour les inciter à rendre un peu de ce qu’ils ont pris, ce rendu récolté servira à l’achat de moutons destinés à des pauvres encore une fois obligés de jouer aux riches le temps d’une journée : l’Aid.

Son confrère à Bouira a même été plus loin, en visite dans un auspice de vieillards, il a pris avec lui tous les cadeaux qu’il a reçu à l’occasion de ses tournées d’inspection à travers les localités pour les offrir à son tour ; juste retour des choses comme c’est les deniers publics qui ont permis l’achat de ces cadeaux, il est tout à fait normal que cela revienne aux citoyens. Et appréciez la nature des cadeaux, il s’agit tout même des burnous de haute couture certainement en laine de chameau qui protégeront les heureux bénéficiaires de la rigueur de l’hiver

Labas, nos responsables vont s’employer à tout faire sauf ce pour quoi on les paie ; inciter les industriels à l’investissement utile, créer de l’emploi, organiser la santé public, l’école, on leur demande de veiller à l’application de la loi, et ils appellent à donner la pièce au mendiant.

Normalement ils sont là pour réglementer, gérer, bâtir, au lieu de cela, ils font de la morale, de la politique, des discours… Et on finit avec des moutons et burnous comme bilan.

De toute façon à quoi bon, nos fêtes sont d’authentiques corvées, mais nous continuons à faire semblant de nous amuser quand elles arrivent. Même si la joie semble avoir définitivement déserté nos demeures et leur espace périphérique, nous mettons un tel zèle à nous y préparer que nous ajoutons de l’angoisse à la grisaille pour réussir  » la totale « , une fois le grand jour arrivé.

Labas, comme des zombies et à la manières des masochistes tous les ustensiles de la souffrance seront réunis pour le grand jour, et pour les plus riches, ils dépenseront sans compter pour un résultat connu d’avance comme les élections en somme ; même les enfants habillés de vêtements tout neufs n’y croient plus, s’empiffrer jusqu’à nous rendre malade, rendre visite aux morts qui ne demande qu’une chose, qu’on les oublie et qu’on leur foute la paix.

Personne n’est dupe, mais tout le monde fait semblant, les plus démunis essayeront de faire la même chose que les riches avec des vêtements de friperie et des gâteaux de fortunes, les enfants bernés un moment découvriront très vite la supercherie au détour d’un polo déchiré ou d’un jouet grossier tombé en panne à la première utilisation.

Labas, à force de vouloir ressembler à l’autre à tout prix, toutes nos fêtes ; fiançailles, mariages, baptêmes et autres sont devenues tristes, des rendez-vous contraignants qu’on honore par hypocrisie, inspirent plus le cafard que la liesse. Nous avons renoncé au bonheur des choses simples et nous avons tué la fête en nous.