Akbou est une création française, datant de 1874. Le point le plus remarquable est la présence d’un mausolée d’époque romaine, attribué à la famille berbère romanisée de Firmus. Il se signale au milieu de la vallée de la Soummam.
C’est au tour du chérif Bou Baghla d’organiser le soulèvement de la Kabylie contre la conquête française. En 1851, il l’inaugure par un coup d’éclat : l’attaque contre l’azib que possède Sî ibn ‘Alî Sharîf, marabout de Chelatta, au bas de la vallée. Les Français décident peu après la construction d’un bordj, maison forte et maison de commandement pour protéger le marabout et, à travers lui, asseoir leur autorité sur le pays. Sî ibn ‘Alî Sharîf a alors le commandement, en grande partie nominal, sur les Illoulen us-Sameur, les At ‘Îdal et les Ouzellaguen. Le marabout obtiendra plus tard le titre de bash-agha de la part des Français, qui sied mieux à son amour-propre.
Akbou, à la confluence topographique et stratégique de la Soummam et de son affluent le Bousselam, fait partie du deuxième épicentre de l’insurrection de 1871. Celle-ci commencée dans la Medjana, sous la direction du bash-agha Muqrânî, trouve un puissant relais à Seddouk, sous l’autorité de Shaykh al-Haddad, alors le personnage le plus en vue de la tarîqa Rahmânîyah en Algérie. En effet, Seddouk fait alors partie du commandement de Sî ibn ‘Alî Sharîf, dont le rôle dans le déclenchement de l’insurrection reste controversé et jamais mis au clair avec netteté. En tout cas, avec les premières opérations, il se réfugie dans son bordj.
Se comportant comme une véritable armée de Versaillais en Algérie, les troupes françaises mènent une répression impitoyable. Les terres les plus fertiles de la vallée de la Soummam sont séquestrées et vouées à la colonisation. C’est ainsi que s’élève bientôt un centre de colonisation qui prend le nom de Metz, pour accueillir des colons, dont certains viennent d’Alsace-Lorraine. Il s’agit de recréer en terre algérienne, ici en Kabylie, entendue au sens large, l’Alsace-Lorraine perdue au profit des Allemands. Pour asphyxier le deuxième foyer de l’insurrection, les Français détruisent de facto le bash-aghalîk de Chellata et établissent en lieu et place une commune mixte, regroupant les centres de colonisation nouvellement créés et les communes indigènes, formées sur la base des douars kabyles définis et créés ex-nihilo par le Sénatus-Consulte de Napoléon III.
Akbou est alors érigé en chef-lieu de la commune-mixte, qui prend son nom. C’est de là que date l’essor d’Akbou, qui jusqu’alors n’avait aucune importance réelle, ni démographique, ni politique. Akbou dirige désormais la Haute-Soummam. Les Français privilégient la plaine fluviale pour y attirer les populations et contrôler les montagnes environnantes.
Wilaya Bejaia
Daira Akbou
Code Postal 06200
Longitude 4°31′60″ E
Latitude 36°27′40″ N
Superficie 52,18 km2
Population 79 300 hab.
Densité 1519,7 hab./km2
LE MAUSOLEE DU PITON D’AKBOU
UNE ENIGME ARCHEOLOGIQUE
Au nord ouest du majestueux piton d’Akbou en prenant un chemin sinueux à travers rochers et broussaille, on arrive au somptueux monument funéraire. Visible de loin car il occupe une position privilégiée, ce mausolée a fait rêver et inspirer plusieurs historiens et archéologues.
C’est un édifice à un seul étage qui repose sur une base à gradins : des assises soigneusement alignées, que complète une architrave. Le tout forme un début de pyramide. Vient ensuite une frise d’un carré régulier et d’une belle architecture. Elle est coiffée d’une corniche sculptée avec une extrême finesse. Enfin, un toit pyramidal termine la construction. De l’intérieur, il a la forme d’une voûte en berceau. L’extérieur de ce mausolée se distingue par la fausse porte(1)qui se trouve sur chaque côté. Ces portes » imaginaires » sont ornées de motifs décoratifs et de plusieurs signes. La face nord du monument présente une ouverture par laquelle on accède à l’intérieur. Selon certaines lectures, elle pourrait être pratiquée par des voleurs dans l’espoir de découvrir un trésor enfoui dans ce tombeau, au-dessus de cette porte (l’encastrement profond en témoigne). Ce qui fait supposer que c’était le principal côté.
DES INSCRIPTIONS MILLENAIRES
Que sont devenues ces inscriptions ? Véhiculaient-elles réellement des indices pouvant nous fixer sur l’origine du monument ou seraient-elles simplement un rajout d’une civilisation, autre que celle ayant bâti cet édifice, dont le but était de marquer sa présence ?Dans son récit, le baron H. Aucapitaineraconte que c’était une plaque en marbre blanc qui servait de cible aux jeux des bergers et qu’à force de jets de pierres, elle a fini par se briser et les débris se sont éparpillés sur le sol. Il disait aussi que toutes ses tentatives pour récupérer les fragments ont été vaines. Selon lui, cette perte, ô combien regrettable, a dû avoir lieu quelques années avant son séjour dans la région Aucapitaine était l’hôte du Bâcha Agha Ben Ali Chérifdans sa résidence Bordj de Tarza et c’était, disait-il, du Bâcha Agha qu’il tenait ces précisions. Celui-ci se rappelait l’avoir vue en place.
QUEL ETAIT LE BUT DE CETTE CONSTRUCTION ?
Certains affirment qu’elle serait presque deux fois millénaire. Sur l’origine de ce monument, les commentaires et les hypothèses vont bon train. Etait-ce pour un souverain, un militaire hautement gradé ayant expié au cours d’un combat ? La légende raconte qu’en cet endroit, où est construit le mausolée, une femme a accouché. L’origine de ce mausolée est légendaire. La population l’attribue aux Romains. Mais la grande analogie de forme qu’il présente avec les mausolées des rois numides SyphaxetMassinissaet avec le mausolée royal de Mauritanie plus connu sous le nom dutombeau de la Chrétienne (dans la province d’Alger) donne à supposer que cette construction serait antérieure à la conquête romaine.
LE PASSAGE DES CONQUERANTS
En outre, de la lecture de l’ouvrage Le Mausolée royal de Mauritanieédité par l’Agence nationale d’archéologie et de protection des sites et monuments historiques, il ressort que les monuments construits sur un plan carré avec un couronnement pyramidal et bâtis presque toujours sur des sommets de colline sont attribués à des princes berbères peut-être de religion chrétienne dont les principautés s’étendaient vers l’Ouest.Serait-ce l’œuvre d’une civilisation particulière ou un ensemble de styles, résultat du passage des différents conquérants ayant pris d’assaut la ville d’Akbou ? Mais quels qu’ils fussent, ils ont perlé leur ouvrage et ont réalisé un véritable exploit en réussissant un chef-d’œuvre.Une expertise du site lèvera sans doute le voile du mystère et pourra peut-être répondre à cette énigme : Quand et par qui cette œuvre de génie a-t-elle été construite ? Sur la sépulture de qui a-t-elle été érigée ? Des témoignages (oraux et écrits), des documents laissés par nos aïeux aideront dans les recherches.En attendant, cette merveille, qui a survécu à toutes les agressions et qui garde jalousement son secret, se détériore dans l’indifférence générale : des assises gisent au pied de l’édifice. Une partie du toit est détruite (tentatives lointaines de pénétration dans le tombeau), les colonnes supportant les chapiteaux ont disparu.De plus, il est menacé par les vibrations générées par le passage des trains et la carrière se trouvant sur le flanc du piton. En outre, la poussière se dégageant de cette carrière s’accumule sur l’édifice.Le mausolée d’Ausum (antique Akbou) ou Taqubbet n’ Weqbucomme il est appelé dans cette localité, est et restera la mémoire infaillible au vu des témoignages qu’il contient sur l’histoire de cette région en particulier et de l’Algérie en général.Il faut œuvrer pour qu’il soit inclus dans le listing des sites classés. Dans l’espoir que ce vestige historique devienne l’objet de recherches d’archéologues, historiens et étudiants du domaine, il faut parer au plus pressé pour le protéger en délimitant un périmètre de sécurité autour de lui et en menant une campagne de sensibilisation auprès de la population.
Taous Yettou.




